Le meilleur ami du mandoliniste

Le meilleur ami du mandoliniste

Par Jean Comeau

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Ces dernières années, jouer de la mandoline est devenu pour moi une véritable passion. Je pratique fidèlement tous les jours; je fouille l'Internet pour trouver de nouvelles partitions; même s'il n'y a que peu de livres écrits à propos de l'instrument, je m'efforce de tout lire; j'écoute les disques des grands mandolinistes, je regarde des vidéos de performances; je me prépare pour mes cours comme un élève modèle.

 

Et bien sûr, je recherche, comme tous les passionnés, la méthode idéale, celle qui me permettra de corriger mes défauts, de renforcer mes doigts, d'accroître ma dextérité, de gagner en vitesse, en précision, en richesse du son, en perfection technique, bref de devenir meilleur musicien. J'ai la Calace — la version Internet parfois illisible, et la version allemande avec les fautes de transcription et le texte… en allemand! J'ai la Munier: indispensable si on parvient à trouver ce qu'on cherche. J'ai aussi la Branzoli, la Cottin (partie 1 et partie 2), la Denis, la Fouchetti, Schick, Pettine, Odell, Marzuttini, Leone, Lalechère et j'en passe!

Malheureusement, j'ai parfois l'impression que c'est toujours un peu la même chose! Et soyons honnête, parfois c'est note à note exactement la même chose. Le nombre de fois que j'ai vu reprendre des exercices de Mazas ou de Kreutzer, c'est hallucinant! Et certains exercices de Calace sont devenus de véritables mantras! 

 

Mais voilà! Je viens de mettre la main sur une publication radicalement différente: The Mandolin Companion. C'est la très grande mandoliniste, compositrice et professeure de mandoline britannique Alison Stephens qui a jeté les bases de cet ouvrage. On pourrait dire qu'il s'agit d'une synthèse de son enseignement. À son décès, en 2010, c'est son élève Chris Acquavella, le très célèbre virtuose, qui fut chargé de compléter le travail avant publication. Il restait quelques chapitres à rédiger et certaines parties à peaufiner. Se souvenant bien des enseignements de son mentor, l'élève s'est efforcé de rendre le plus fidèlement possible la pensée de son maître.

 

 

The Mandolin Companion n'est pas une méthode. D'ailleurs, dans leur chapitre sur le trémolo, les auteurs sont on ne peut plus clairs: « Since this book is in no way a tutor book, I am assuming that before you start this chapter you already have the ability to tremolo at least at a rudimentary level.» (Comme ce livre n'est pas une méthode, je présume que, avant que vous abordiez ce chapitre, vous possédez l'habileté de jouer le trémolo au moins à un niveau élémentaire). C'est plutôt un coffre à outils dans lequel l'usager va piger au fur et à mesure de ses besoins. C'est une collection d'exercices de réchauffements, de solutions à des problèmes concrets, de gammes quotidiennes pour permettre aux mandolinistes de parfaire leur technique et de surmonter les difficultés qui se présentent à eux.

 

Premier détail intéressant qu'on peut remarquer, c'est que cet outil s'adresse aux mandolinistes de tous les niveaux. Un code de couleurs permet de préciser les compétences nécessaires avant de s'attaquer à un exercice. Certains exercices ne sont destinés qu'aux musiciens chevronnés, d'autres sont d'un niveau intermédiaire, d'autres s'adressent à tous. Souvent c'est la vitesse d'exécution qui détermine la complexité de l'exercice. Parfois, aussi, on précise des préalables. 

 

Mais, ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'il s'agit des exercices qu'Alison Stephens a développés au fil de sa carrière de professeure de mandoline; en somme c'est ce qui se fait de mieux pour pallier à l'impossibilité d'étudier avec cette musicienne exceptionnelle. Chris Acquavella le dit dans l'épilogue du livre: quand il a entrepris de compléter l'oeuvre de son maître, il reconnaissait les exercices qu'il avait travaillés pendant ses cours. 

 

Chris Acquavella Crédits: chrisacquavella.com

Chris Acquavella

Crédits: chrisacquavella.com

Muni de cet outil, le musicien, quel que soit son niveau de développement, possède suffisamment de matériel pour l'alimenter pendant des années de pratique. Seulement au chapitre des gammes et arpèges, on présente les gammes de 1, 2, 3 et 4 dièses, 1, 2 et 3 bémols, celle de do, tout ça en majeur, mineur (mineur naturel, harmonique et mélodique), sur 1, 2 ou 3 octaves, dans toutes les positions, avec les arpèges correspondants , également les gammes chromatiques, pentatoniques, en tons, tout ça aussi en tierces, en sixtes, en octaves. Rapidement, j'en ai compté 89.  Ils proposent de les décliner en 17 modèles rythmiques. Donc, si quelqu'un essaie de maîtriser une gamme différente chaque jour, en variant le modèle rythmique, il lui faudrait (89 X 17 X 16 X 15 X… X 2) jours pour toutes les travailler. Probablement, quelques années! 

 

Plusieurs exercices permettent de mémoriser des enchainements de doigtés. Lorsque ces enchaînements sont maîtrisés, on peut exécuter les exercices dans toutes les tonalités. Cette méthode de travail permet d'acquérir une plus grande aisance dans les tonalités moins utilisées. De plus, on peut aisément se construire tout un bagage d'exercices de réchauffement à utiliser avant une séance de travail ou une performance publique. 

 

Au total, le livre de 77 pages comprend 12 chapitres qui couvrent depuis les exercices de réchauffement pour chacune des mains jusqu'aux harmoniques naturels et artificiels en passant par les techniques d'arpèges, le trémolo-staccato, les doubles cordes, les accords, le jeu en position et bien d'autres sujets. 

 

Personnellement, j'en ai fait mon outil de référence principal pour tout mon travail technique. Je crois sincèrement qu'il va me permettre de mettre de côté bien des piles de photocopies d'exercices souvent d'une efficacité bien relative.

 

The Mandolin Companion, d'Alison Stephens et Chris Acquavella est disponible chez Astute Music Ltd en version papier ou pdf. 

 

Jean Comeau pour Mando Montréal


Jean_Comeau

Jean a étudié le piano, et s'est adonné aux Concertos de Chopin. Il a également touché à la composition sérielle, la flûte traversière, l'orgue et le chant. Professeur de français et de théâtre au secondaire, il a fondé la compagnie de théâtre du Bateleur pour laquelle il a écrit, composé, confectionné des costumes et construit des décors pendant 17 ans. Aujourd'hui retraité de l’enseignement, Jean s’adonne à temps plein à sa nouvelle passion : la mandoline.